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mardi 26 janvier 2010

Mangez-le si vous voulez !

J'ai toujours redouté la foule...
Un jour, alors que j'étais encore étudiante à Lyon, je me suis retrouvée au milieu d'une manif dans laquelle je n'avais rien à faire. Toute mon énergie s'est alors concentrée pour m'extirper de ce monstre humain incontrolable.

J'étais à l'hôpital, attendant d'être opérée lorsque j'ai lu le livre de Jean Teulé dont il est question aujourd'hui.

Lecture facile et rapide, quelques heures seulement pour arriver à la fin de ce court opus... mais l'esprit dans un tourbillon.

Tout commence sous le soleil et se termine dans l'écoeurement. Escalade de l'horreur, spirale de la folie collective qui vont aboutir à la torture et à la mort, insuffisantes encore à assouvir la haine inexpliquable et irraisonnée d'une foule appâtée par l'odeur du sang et de la vengeance : le festin humain de les arrêtera même pas dans un accès de canibalisme inexpliquable dans ce Périgord du XIXème siècle.

La plume de Teulé est toujours remplie de détails et d'images et on vit cet accès de délire mortifère collectif comme une course haletante derrière la victime traquée et désespérée, meurtrie, déchiquetée dans son corps et espérant malgré tout en la conscience et la raison individuelle au milieu de cette foule déchainée qui le lamine sans raison.

Ce livre a une résonnance particulière pour moi en ce moment, et j'en conseillerais volontiers à certaines personnes que je cotoye.

Je concluerai par un extrait d'une chanson de Brassens qui résume assez bien mon propos :
"Le pluriel ne vaut rien à l'homme et sitôt qu'on
Est plus de quatre on est une bande de cons. "
A bon entendeur, salut !

mercredi 19 août 2009

Les nuits sans nom.

Difficile de parler de ce livre… pour deux raisons qui se complètent et interfèrent. D’abord parce que c’est un roman érotique et ensuite parce que j'en connais l’auteur.
Ce livre me laisse au fil des pages au bord de la nausée.
Il est merveilleusement bien écrit, le style de Jean-Louis est impeccable, plein de la distinction surannée d’un philosophe, mais quel malaise !
J’aime assez généralement les romans érotiques, mêmes ceux qui au départ, n’ont pas forcément voulus en être.
Mais là, pour la première fois, je cale en route, au bord de l’indigestion. C’est tellement décadent, tellement hors du quotidien, dans un espèce de microcosme vieillissant et désuet qui se voudrait néo-réaliste du monde diplomatique, le tout dans un Berlin qui ne sait pas très bien pourquoi on l’a choisi, sinon parce qu’après la chute du mur et en pleine reconstruction post socialiste, il est certainement très « tendance ».
C’est un livre froid, distant, dans lequel je me refuse à rentrer et je dois bien être la seule chose qui ne rentre pas, en l’occurrence.
Je ne sais pas, je ne comprends pas la finesse, l’essence, le génie de ce livre.


Je ne peux que m’imaginer, gênée, Jean-Louis en « Petit Poisson », car je le crois tout à fait capable d’arborer une veste jaune lors de soirées rigidement guindées.
J’espère seulement que la ressemblance possible avec les travers de son personnage se limite à cet accessoire vestimentaire.

samedi 15 août 2009

"Les Dames de Nage" Bernard Giraudeau

Me voilà rentrée de vacances avec des images plein la tête. Je les dois à un écrivain que j'ai découvert au fil de trois livres (hé, oui, en une semaine, étonnant, non, aurait dit Monsieur Cyclopède !) : il s'agit de Bernard Giraudeau.
Pff, me direz-vous, je vous entends déjà, mais Giraudeau, c'est un acteur, et tout le monde le connait: beau gosse, belle gueule, beaux yeux bleus.... oui, certes, mais là, j'ai été bluffée.

Alors je vous livre en brut mes impressions écrites sur la page de garde après avoir achevé le premier des trois : Les Dames de Nage.

"Piriac 9/8/09

Difficile d'entrer dans un roman quand on ne sait pas où il va.

Si je croyais à l'astrologie, je penserais que Bernard Giraudeau est né sous la constellation des Gémeaux, comme moi: un peu dans tous les sens, un peu décousu et pourtant le fil existe et on le tisse page après page.

Il écrit bien, trop bien. Un style envoutant, prenant, plein d'images, de lumières, de vies, explosion des sens et des rencontres, si bien que l'on oublie la sienne de vie, la nôtre, celle de l'auteur, celle du conteur, celle qu'il essaie de figer à travers chaque instant ou chaque image, au lieu de la vivre au présent, et qui peu à peu lui échappe."

Voilà, derrière, deux autres romans, Hommes à terre et Cher amour, dont je vous parlerai sans doute plus tard. Il me faut un peu de temps.

Au fait, j'ai vérifié sur le net, il est vraiment gémeaux, étonnant, non !

mercredi 29 juillet 2009

Balade pour un père oublié...

un teulé de plus, un article encore à écrire...
partir du réel, décoller avec lui dans ses délires...
rappelle-toi de ce jour, de la confiance, des neurones miroir, de l'importance du regard de l'autre pour exister au delà de la vie et de la mort.
il est toujours là parce qu'il existe dans mon regard, il existe dans sa tête, on s'est un jour reconnus, pour l'éternité, parce qu'il y a des yeux et des regards qui ne s'oublient pas.
il restera à jamais le seul auquel j'ai pu faire une confiance aveugle, absolue, irraisonnée, comme celle qu'il a eue en moi en me donnant la vie.
dépêche-toi d'arriver, prends ce car et viens ! plus que quelques heures, quelques minutes, quelques secondes, quelques souffles de cette confiance inébranlable que j'aurai toujours en lui. parce qu'il ne m'a jamais jugée, jamais trahie ou alors seulement avec son coeur.

à mon père.


Voilà, juste des minuscules pour des sentiments en majuscules. Sûrement un des plus déjantés des livres de Teulé et au final ce paragraphe écrit comme un déchirement sur les pages de garde du livre de poche. Des lignes grattées à toute allure sur une table de café, des lignes pour effacer le vide, pour oublier d'arrêter d'exister. Je me suis fait piéger par ce livre, par son apparente légèreté ubuesque qui m'a renvoyée en plein visage la conscience de cette vérité : on n'existe souvent seulement dans le regard de l'autre, et plus on crédite l'autre de sentiments intenses ou absolus, et plus ce regard prend une place prépondérante, jusqu'à devenir nous et nous faire disparaître lorsque l'on ne se voit plus dedans.







mardi 27 mars 2007

Teulé et teulé... le Magasin des Suicides


Comment expliquer la différence entre Teulé et teulé....
J'ai déjà écrit un... long....article sur Jean Teulé et je viens de terminer son dernier livre. J'y ai retrouvé le teulé de l'Assiette Anglaise, le diablotin blond bouclé, farceur léger, rêveur et inventif... Mais j'ai perdu en route la magie, la force et l'intensité de Villon et de Verlaine.

Alors, Teulé ou teulé ? j'aime les deux facettes, mais pourtant le Magasin des Suicides me laisse sur ma faim. Il m'a fait sourire, il m'a fait réfléchir, mais pourtant, j'attendais plus, tellement plus.

Il est comme ça, Teulé, imprévisible, capable du meilleur comme du... un peu moins meilleur...

Bon, je vous aime toujours, Môssieur Teulé, mais, si vous êtes notre Alan à nous, il y a encore tellement de travail avant de pouvoir croquer la pomme...

mercredi 7 mars 2007

Môssieur Teulé

Depuis tout à l'heure, j'essaie de trouver une photo de lui qui soit fidèle à mon souvenir. Un petit rayon de soleil de la fin de mon adolescence.
C'est la mort qui m'a ramenée vers lui, au moment où il publie "Le magasin des suicides". Celle de mon père et celle de Bernard Rap. Lui qui symbolise pour moi, l'humour, le pétillant, l'ouverture aux autres, l'empathie.
J'avais vingt ans et je regardais l'Assiette Anglaise avec mon père. Un moment inratable de la semaine. L'ambiance cosy très british, très Rap. Les chroniqueurs dont Bertrand Renard, l'idole de ma mère et de ma grand mère, indétronables fans des Chiffres et des Lettres.
Moi, celui que j'attendais, c'était Teulé. Jean Teulé : avec sa tête d'ange aux cheveux blonds de bébé, ses yeux bleus toujours rieurs et toujours avides de faire partager ses rencontres.
Alors quand il avait sorti "Rainbow pour Rimbaud", j'ai été une de ses premières lectrices, et j'ai adoré... son côté décalé, c'était un régal... Avec Cécile, on a usé le livre à force d'échanger nos impressions dessus.
Et puis il y a eu Darling. Difficile Darling. Je l'ai lu, mal. J'ai vu Teulé sur la couverture, je me suis jeté dedans. A un mauvais moment, à un mauvais endroit. Darling n'est pas un livre d'été à dévorer au bord d'une plage. Il m'a laissé nauséeuse et mal à l'aise. Je ne savais pas le pourquoi du comment de ce livre. Jean Teulé avait disparu de la lucarne magique ou bien c'est moi qui la fréquentait moins, et ce livre m'a dérangée. Parfois, au fil des années, je l'ai repris, relu, toujours ce même malaise. Alors, j'ai occulté Jean Teulé. Jusqu'à Villon.
Je ne crois pas au hasard, tout a une signification. Le jour où j'ai vu ce livre pour la première fois dans la vitrine d'un libraire à Paris, est aussi le jour où j'ai appris la disparition de Bernard Rap.
Et l'ange Teulé est revenu dans ma mémoire. J'ai découvert qu'entre temps, il y avait eu un Verlaine, alors j'ai remonté le temps et j'ai commencé par celui-ci.
Du Verlaine, je ne sais comment parler. J'y ai retrouvé le génie de Teulé, le bonheur de se laisser embarquer par lui dans le Paris du poète maudit... dont ce magnifique XIVème qui me tient tellement à coeur. J'ai adoré ce livre. Seul un tout petit fragment de moi a continué à vivre dans le réel, le reste était au chevet du poète avec son jeune adorateur assassin.
Et puis, il y a eu Villon. Terrible Villon. J'ai mis plusieurs jours après l'avoir terminé à sortir de ce cauchemar, de ces cachots, de ces corps mutilés, écartelés. Encore une fois, je n'étais plus là.
Alors, merci Monsieur Teulé, merci encore.
Même si je veux vous garder dans ma mémoire avec l'image du jeune troublion de l'Assiette Anglaise, même si je refuse que vos traits aient peu à peu vieillis, et votre regard perdu de sa malice, je vous aime Monsieur Teulé, comme on aime un magicien des mots qui a réinventé la machine à remonter le temps.